Le Grand Abri aux Puces

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Introduction:

Les néandertaliens, porteurs des cultures du Moustérien sont généralement perçus comme une population adaptée à des conditions climatiques difficiles propres aux environnements pléistocènes en Eurasie. Paradoxalement, cette vision adaptative de ces sociétés laisse souvent percevoir, dans la conception anglo-saxon de cette population, une incapacité de ces population à s’adapter à d’autres environnements, ou d’autes climats, contrairement aux populations pléistocènes d’Homo sapiens avec lesquelles elles se seraient trouvé en compétition. Aborder les question de densité et de structure de populations néandertaliennes, dans des contextes climatiques différents pemet alors de faire la part entre ces assertions et la réalité archéologique. Certaines analyses de l’AND mitochondrial permettent de penser que la densité des populations néandertaliennes fut relativement faible, non seulement dans leurs derniers millénaires d’existence, mais durant une large part de leur expansion en Eurasie. Il faut alors croiser les données issues de la génétique, de l’archéozoologie et de leurs traits culturels afin d’évaluer la pertinence de ces différentes assertions. Le dernier interglaciaire (MIS 5 -127 - 71 ka-), du fait de conditions paléo-environementales tempérées, permet alors de tester certaines des hypothèses développées autour du caractère adaptatif propre aux sociétés néandertaliennes. Ce terrain d’analyse est alors particulièrement pertinent pour tester ces hypothèses, particulièrement lorsque l’on se penche sur le sous-stade 5e (127 ~ 117 ka) qui représente probablement l’optimum le plus tempéré connu par les sociétés néandertaliennes. On relèvera cependant que les ensembles archéologiques attribuées à cet optimum tempéré et présentant un contexte bio-stratigraphique intégralement préservé (faunes, microfaunes, malacofaunes, charbons…) sont rarissimes.

Le Grand Abri aux Puces (Entrechaux, Vaucluse, France) s’inscrit dans ce contexte spécifique.








Le Site:

Le Grand Abri aux Puces (GAP), situé sur la rive droite de l'Ouvèze dans le nord du departement du Vaucluse (Provence), en France méditerranéenne. Probablement reconnu dès la fin du XIXème siècle (dans une allusion d’Hector Nicolas en 1876 concernant les abris alentours de la Grotte de la Masque), un unique éclat de silex en était publié dans la thèse d’Henri de Lumley.  En dehors de quelques ramassages de surface, rien n’était connu quant à sa stratigraphie exacte ou son potentiel réel de conservation. 

 







GAP, aussi nommé Grotte Basse par Sylvain Gagnière, correspond en fait non à une vaste cavité dont la voûte couvre actuellement une surface de plus de 110 m2. La cavité est comblée par une importante sédimentation exclusivement pléistocène et une accumulation de blocs de molasse miocène issu du délitement progressif de l’encaissant local. Préalablement aux opérations de terrain, l’espace compris entre la voûte de la cavité et le sédiment était rarement supérieur à 1 mètre et, dans l’essentiel de la cavité, la circulation n’était possible qu’en rampant. L’appellation de Grotte Basse rendait compte de cette topographie. 


L’Equipe:






























Les Resultats:

Nous avons atteint et fouillé depuis 2008 un ensemble pléistocène livrant en abondance des éléments paléontologiques in situ et d’une qualité de conservation peu commune. Sur le terrain, des associations paléontologiques indicatrices d’un climat tempéré/chaud sont rapidement mises en évidence ; tortue de Hermann, chevreuil, sanglier… Un total de Vingt-trois espèces a été déterminé dès la premièe opération. Ces éléments sont en association stratigraphique avec une industrie lithique qui, pour l’essentiel, est elle même préservée de toute altération mécanique ou chimique discernable. Quelques pièces montrent un léger voile blanc se développant discrètement sur leurs arêtes. Les produits finis d’une grande qualité technique paraissent immédiatement surreprésentés. Cette très forte proportion des outillages est à mettre directement en relation avec le statut de l’installation et celui des activités développées dans cette cavité par les préhistoriques. Les tests tracéologiques (travaux de Laure Metz, doctorante UMR 6636) macro et microscopiques montrent une très bonne préservation des surfaces, contexte peu commun pour des ensembles de cet âge.









La préservation des restes paléontologiques et du mobilier lithique est ici à mettre en parallèle avec la dynamique sédimentaire du remplissage de la cavité. Les sédiments sont essentiellement composés de sables issus de la desquamation naturelle et progressive de la voûte de la cavité. Ces sables (d’anciens fonds marins miocènes) montrent une excellente aptitude à la fossilisation des éléments qu’ils renferment. Le second point taphonomique porte sur l’absence de passage d’eau ou d’humidité dans la cavité qui présente en son centre un environnement absolument sec. Les données préliminaires de ces recherches illustrent une convergence frappante. Les informations issues de la paléontologie, les résultats de la micro-paléontologie, de la malacologie et de l’anthracologie (rapport 2008) resituent cette occupation humaine sans ambiguïté dans une phase climatique tempérée. Différents caractères biométriques provenant de l’analyse des faunes convergent pour localiser cette installation préalablement à la dernière phase glaciaire, dans le stade isotopique 5, lato sensu. Dans le détail, plusieurs positions chronologiques semblent se profiler, et devront préciser la chronologie du niveau principal, soit au tout début de l’Eémien, soit au contraire dans une phase un peu plus avancée, ce que tendrait à montrer dans chacune de ces disciplines la présence de quelques taxons plus frais. L’âge minimal de cette installation se situe donc aux alentours du 100ème millénaire et son âge maximal vers le 120ème.








La qualité de préservation de ces enregistrements peut être considérée comme exceptionnelle. Ainsi les charbons de grand module et conservant encore la forme de petites branchettes avec moelle et écorce, ou concernant l’industrie dont une large part à conservé sa fraîcheur originelle, tout autant que la préservation des émoussés microscopiques liés à leur utilisation par les préhistoriques. Si les séries archéologiques Eémiennes restent rares en Europe, les ensembles de cet âge illustrant une telle intégrité ne sont parvenus jusqu’à nous dans cet état que de manière exceptionnelle. Du point de vue écologique, la richesse du matériel en fait un ensemble de référence. Vingt-trois espèces ont été déterminées en 2008 dans les faunes, autant concernant les microfaunes, vingt-sept espèces malacologiques, abondance des charbons… A ce constat, certaines espèces très mal connues pour cette période sont ici bien attestées. L’espèce la mieux représentée en nombre d’individus est ici le castor, qui constitue d’ores et déjà une base de référence importante pour l’espèce. Castor et Lynx portent l’essentiel des traces de découpe mises en évidence. Ces stries sont localisées sur des zones peu carnées suggérant que l’action humaine soit reliée à la procuration des peaux de ces animaux.










Ces éléments corrélés à la structure du mobilier lithique, essentiellement composé d’outils de premier choix et l’origine éparpillée dans l’espace des roches, laissent entrevoir le passage ponctuel d’un groupe de chasseurs dans la cavité autour d’une activité programmée –anticipée- et ponctuelle dans le temps, toutes hypothèses à tester et préciser.


L’Article:

Notre premier rapport issu de notre travail la première année a été publié il y a quelques mois dans le Journal of Archaeological Science.

Slimak, L., Lewis, J.E., Crégut-Bonnoure, É., Metz, L., Ollivier, V., André, P., Chzrazvez, J., Giraud, Y., Jeannet, M., Magnin, F. (2010). Le Grand Abri aux Puces (Vaucluse, France), a Middle Paleolithic Site from the Last Interglacial: Paleogeography, Paleoenvironment, and New Excavation Results. Journal of Archaeological Science, 37: 2747-2761. 

[Slimak 2010.pdf] [GAP Supplement.doc]


Comportements Néandertaliennes Pendant la Dernière Interglaciaire

Ludovic Slimak: Archéologue

Jason Lewis: Zooarchéologue

Laure Metz: Tracéologue

Evelyne Crégut-Bonnoure:

Paléontologue

Dessin d’un éclat  dans la thèse de Lumley (1965)

Vue sur le site de l’autre côté de la Gorge de l’Ouvèze

Vue de l’interieur de la grotte avant  les fouilles

Vincent Ollivier: Géomorphologue

Pierre “Joe l’Indien” André: Fouilleur

Fred Chauvin: Spéléologue

Une moitié de l’équipe 2010

© Jason Lewis

© Ludovic Slimak

© Ludovic Slimak

© Ludovic Slimak

© Ludovic Slimak

© Laure Metz

© Laure Metz

© Julia  Chrzavzez

© Ludovic Slimak

© Ludovic Slimak

© Fred  Chauvin

© Jason Lewis